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La finance verte : comment passer de l’éthique environnementale à un nouveau capitalisme vert ?

le 22 mars 2021

En 10 ans, l’innovation financière au service de la lutte contre le changement climatique a franchi de grands pas. Depuis la première obligation verte émise par la Banque Mondiale en 2008, les marchés financiers ont gagné en maturité et se sont appropriés ces nouveaux types d’instruments à impact environnemental et sociétal. 

On ne peut que louer l’orientation de plus en plus massive des flux monétaires vers des projets écologiques, c’est-à-dire compatibles avec les objectifs climatiques de l’Accord de Paris. Les obligations vertes (green bonds), sociales ou bleues sont en train de révolutionner la manière d’appréhender le couple rendement financier/impact sociétal des instruments de dette et de crédit. Pour autant, il nous paraît fondamental et urgent de pousser le curseur de la finance verte encore plus loin.

En effet, il est frappant de constater que l’innovation financière « haut de bilan » n’avance que timidement sur le terrain de la lutte contre le changement climatique. Pourtant, il y a une nécessité impérieuse à structurer des instruments de fonds propres et de quasi fonds propres qui prennent en considération les externalités positives ou négatives des entreprises.

Il n’y aura pas de « Green New Deal » ni de décarbonation réelle de l’activité économique sans transformation structurelle des instruments de détention du capital. A titre d’exemple, Sumitomo Forestry, société japonaise de construction d’habitations en bois, a été la première entreprise à émettre en 2018 une obligation convertible verte dont le rendement financier est directement lié à des objectifs de gestion durable et de préservation des forêts en Nouvelle-Zélande, pays d’approvisionnement du groupe.

Il nous semble urgent de promouvoir la diffusion des instruments de green equity qui internalisent dans leur calcul de rendement les risques et bénéfices environnementaux sur un modèle proche des prêts verts indexés (Sustainability Linked Loans). Parce que le verdissement des titres de participation (actions, obligations convertibles, stock options, etc.) entraîne mécaniquement la prise en compte des externalités environnementales dans les méthodes de valorisation des entreprises, nous sommes convaincus qu’ils seront un facteur d’accélération de la transition écologique. 

Par ailleurs, la création d’actions vertes ou d’ORCA (Obligations Responsables Convertibles en Actions) comporte d’autres avantages. Ces instruments favorisent un alignement d’intérêts entre actionnaires, dirigeants et société civile sur la base d’un contrat juridique (le pacte d’associés et le contrat d’émission d’obligations convertibles). La création d’actions gratuites, de BSPCE ou autres instruments de Management Package indexés sur l’atteinte d’objectifs environnementaux est un moyen efficace d’inciter financièrement le management à renforcer les engagements RSE de la société. Enfin, le green equity paraît tout à fait adapté pour investir dans des entreprises qui lèvent des fonds propres afin de financer la transition de leur modèle économique conventionnel vers un modèle plus vertueux et ainsi plus pérenne.

Pour conclure, il est indéniable que la finance Climat est en train de déverrouiller certains cadres traditionnels de la finance : un horizon de temps plus long, la prise en compte de critères d’éligibilité environnementaux et/ou sociétaux, la mesure des impacts, etc. Mais peut-on parler pour autant de capitalisme vert ? Le chemin est encore long et les métiers de la finance doivent accélérer leur mue pour mettre leur puissance créative au service de l’environnement. A quand une formule de WACC (ou coût moyen pondéré du capital) qui intégrera le coût du risque climatique, ou le coût du carbone ?

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